🌍 « La France, c'est 1 % des émissions mondiales » : les trois erreurs de l'argument

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Les bases

Auteur

Maximilien Petitgenet

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5 Minutes

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Maximilien Petitgenet

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« Que les Chinois et les Américains commencent, nous représentons 1 % de la production mondiale de CO₂. » « Quand on émet 1 % du CO₂, on peut se détendre. » L'argument revient à chaque débat. Il repose sur un chiffre exact et sur trois raisonnements faux. LE CHIFFRE EST BON Les émissions territoriales françaises de gaz à effet de serre s'élèvent à environ 367 MtCO₂e, soit à peu près 1 % du total mondial. Personne ne conteste ce point. Ce qu'on en déduit, en revanche, ne tient pas. ERREUR N°1 : OUBLIER LA PROPORTIONNALITÉ Environ deux cents pays partagent l'atmosphère. Si l'on répartissait les émissions mondiales de façon strictement égale entre eux, chaque pays « vaudrait » 0,5 %. La France en pèse le double, avec 0,8 % de la population mondiale. Et cette comparaison est généreuse : elle suppose que tous les pays ont des populations, des surfaces et des niveaux de développement comparables. Les principes d'équité climatique inscrits dans la Convention-cadre des Nations unies invitent à tenir compte de la population, des ressources naturelles disponibles et de la capacité d'action. Même en s'en tenant au chiffre brut, la contribution française dépasse celle de plus de 150 pays, et les émissions cumulées de dizaines de petits États. ERREUR N°2 : CONFONDRE ÉMISSIONS TERRITORIALES ET EMPREINTE RÉELLE Le « 1 % » ne compte que ce qui est émis au-dessus du territoire français. Il ignore tout ce que nous importons. Or sur les 625 MtCO₂e de l'empreinte carbone française totale, 311 ont lieu à l'étranger. Nos vêtements, notre électronique, une part de notre alimentation, l'acier de nos voitures : les émissions correspondantes sont comptabilisées ailleurs, alors que la consommation est ici. Autrement dit, notre empreinte réelle est presque le double de ce que le chiffre officiel laisse croire.

ERREUR N°3 : CONFONDRE LE FLUX ET LE STOCK C'est la plus importante des trois. Le réchauffement climatique ne dépend pas de ce qu'on émet cette année. Il dépend de l'accumulation historique de CO₂ dans l'atmosphère, parce que ce gaz y reste longtemps : environ la moitié de ce qui est émis aujourd'hui sera encore présent dans cent ans. Sur les émissions cumulées depuis 1850, la répartition change complètement : • États-Unis : 24 % • Europe (UE + Royaume-Uni) : 17 % • Chine : 16 % • France : environ 3 % Ce sont donc les émissions européennes et nord-américaines qui déterminent l'essentiel du réchauffement actuellement observé. Réduire les flux d'aujourd'hui est indispensable, mais ignorer le stock revient à absoudre ceux qui ont déjà saturé l'atmosphère. « QUE LES CHINOIS COMMENCENT » : ILS ONT COMMENCÉ L'argument s'appuie souvent sur l'idée que la Chine, elle, ne fait rien. C'était discutable il y a dix ans. C'est faux aujourd'hui. Depuis 2024, trimestre après trimestre, les émissions chinoises baissent. Cette baisse n'est pas le produit d'une récession, mais d'un découplage structurel entre la croissance du PIB et les émissions, rendu possible par une substitution technologique très rapide. Quelques repères : • Les véhicules électriques ont capté plus de 51 % du marché des voitures particulières en Chine sur l'ensemble de 2025. • En décembre 2025, 54 % des camions vendus en Chine étaient électrifiés. Avant le Covid, ce chiffre était proche de zéro. Quand j'accompagne des clients sur leur Bilan Carbone® et que nous parlons d'électrifier le fret, la plupart des dirigeants me répondent que les semi-remorques électriques « ne sont pas près d'exister ». • La Chine a ajouté 429 GW de nouvelles capacités électriques en 2024, dont 83 % d'éolien et de solaire. La totalité du parc français atteint 76 GW. C'est comme si la Chine installait l'équivalent de tout le parc français tous les deux mois. • Le 15ᵉ plan quinquennal (2026-2030) acte le passage d'un contrôle de l'intensité énergétique à un contrôle contraignant de l'intensité carbone. Ceux qui réclamaient que les Chinois commencent sont donc servis.
CE QUE LA FRANCE PÈSE VRAIMENT Au-delà des tonnes, la France pèse par son influence. Membre du G7, du G20, de l'Union européenne et du Conseil de sécurité, elle appartient au cercle restreint des pays capables de modifier les règles du jeu mondiales. François Gemenne le formule bien dans Parler du climat sans plomber l'atmosphère : BNP-Paribas est la première banque européenne, Lafarge-Holcim un géant du ciment — secteur qui représente à lui seul 7 % des émissions mondiales —, Carrefour compte plus de 14 000 supermarchés dans le monde, CMA-CGM est le troisième armateur mondial. Quand la France avance, elle crée un effet d'entraînement. Quand elle recule, elle offre l'alibi parfait à tous les attentistes.
LA DÉCARBONATION COMME ENJEU DE SOUVERAINETÉ Justifier l'inaction par notre faible poids apparent, c'est accepter de lier notre destin économique aux importations d'hydrocarbures, et donc aux soubresauts géopolitiques. Chaque infrastructure bas-carbone développée sur notre sol améliore notre indépendance et notre balance commerciale. Sur le plan industriel, l'enjeu est le maintien de notre rang. La révolution bas-carbone est devenue le terrain de l'affrontement économique mondial. Temporiser sous prétexte que nos émissions territoriales sont faibles revient à condamner nos entreprises à l'obsolescence, et à devenir les vassaux technologiques de ceux qui auront investi. À RETENIR • Le « 1 % » est trompeur sur trois plans : la proportionnalité (0,8 % de la population mondiale), le périmètre (625 MtCO₂e d'empreinte réelle dont la moitié importée), et le stock (3 % du cumul historique, contre 17 % pour l'Europe et 24 % pour les États-Unis). • L'argument « laissons les gros émetteurs bouger en premier » a perdu sa dernière béquille : la Chine a entamé un découplage inédit depuis 2024. • La France pèse surtout par son influence diplomatique et par ses multinationales, présentes au cœur des chaînes de valeur mondiales.

Que faire ?

• Raisonner en empreinte totale plutôt qu'en émissions territoriales, et intégrer les émissions importées dans son propre bilan. • Corriger l'argument du « 1 % » quand il circule, en rappelant les trois plans : flux, stock, empreinte. • Soutenir les mécanismes qui font levier au-delà de nos frontières, comme l'ajustement carbone aux frontières et les normes d'importation. • Considérer chaque infrastructure bas-carbone comme une réduction de dépendance aux hydrocarbures importés, pas comme une contrainte environnementale.

Aller plus loin

Ce chapitre est tiré d’un livre.


« Climat : Démêler le vrai du flou ! » passe 20 idées reçues au crible, en 70 infographies. Il est préfacé par François Gemenne, auteur principal pour le GIEC, et édité par Tana Editions (groupe Editis).


Couverture du livre Climat : Démêler le vrai du flou !

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